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Harley et Davidson roulent en japonaise

Lu sur E-novateur.
À propos de "Une enquête des détectives Harley & Davidson, Tome 1 : la nuit du masque"

Par Christelle Divry

Il y a peu de temps, je vous parlais de ces BD de motards dans lesquelles la moto tient un rôle de premier plan. En flânant au salon du livre de Paris, je tombe sur des héros motards inconnus, les détectives Harley et Davidson, dont la première enquête s’intitule «la nuit du masque ».
Serait-ce une version moderne des « Mystères de l’Ouest » ? Malheureusement, cet album tend plus vers un hommage à Jim Carrey et son humour décalé que vers une enquête bien ficelée par Artemus Gordon et James West !

Tromperie
Tromperie est le premier mot qui me vient à l’esprit après la lecture de cet ouvrage. Que les deux compères de l’équipe de détectives puissent effectivement se nommer Harley et Davidson tenait déjà du miracle mais quand l’association de ces deux noms n’apportent rien au récit, on est en droit de se demander si cela n’est pas simplement un attrape-nigaud pour le lecteur-motard : « Lisez-moi, je vais faire de votre belle et rutilante machine un engin essentiel de mon enquête ! Cela ne peut que vous plaire ! » N’oublions pas que les flics américains roulent en Road King, modèle le plus prestigieux de la marque…Ceux de Bruxelles aussi depuis peu.
Mais ici Harley, le détective blanc, n’a pas de moto et Davidson, l’amérindien, roule en japonaise faute de pouvoir se payer l’autre marque américaine emblématique de son peuple, l’Indian. Comme dit le proverbe, « faute de grive, on se contente de merle ».
Finalement, le lecteur croit comprendre que les deux protagonistes s’appellent Harvey et David …à moins que ce ne soit Harvey Harley et David Davidson, n’ayons pas peur des redondances. Quant aux collèges, ils les considèrent comme une réplique de «Starky et Hutch ». Il y a même un sergent Pepper dans l’histoire. Bref question identité, ces deux flics ne sont pas clairs !

A la Jim Carrey, sauce Michel Blanc !
Les présentations étant faites, nous pouvons entrer dans l’histoire. Une femme tue chez elle son agresseur. Prostrée, elle semble ne rien pouvoir livrer à la police et c’est le médecin légiste qui révèle que l’agresseur portait un masque, vu qu’il n’a aucune éclaboussure de sang sur le visage, hormis autour des yeux ! Cependant, l’équipe n’a pas retrouvé de masque sur le lieu du crime. Où est ce masque ? Quel rôle joue t-il ? S’agit-il d’un rite initiatique ou l’agresseur voulait-il cacher son identité à sa victime ? D’entrée de jeu, nous savions pourtant que ce masque, comme pour Jim Carrey, transforme celui qui le porte puisque l’album s’ouvre sur un Davidson masqué, prêt à tuer son collège à la simple vue de la sempiternelle cigarette qui pend aux lèvres de Harley . Les meurtres s’enchaînent en présentant les caractéristiques de ce qu’on appelle « crimes en série » mais il y a maldonne car l’assassin ne peut pas être le même, le premier étant raide mort sur une table de la morgue !

Les personnages font preuve d’humour décalé, mais cette marque de fabrique des auteurs devient lassante d’autant plus que cet humour est souvent sexiste, voire misogyne : lorsque Harley demande au légiste ce qu’il pense de la fille, lui demandant en fait les cause de son décès, celui-ci répond «un bon coup… » et Harley enchaîne avec « il est encore un peu tôt pour mon érection matinale… je ne te demande pas un avis d’esthète ! Je parlais de la cause de la mort. » Quant à la pauvre fille, étalée nue sur la froide table du légiste, elle ne peut être qu’une vraie blonde au physique proche de celui d’une poupée Barbie. C’est d’ailleurs enroulée dans une serviette rose fuchsia qu’elle se présente pour la première fois au lecteur.
Harley se la joue aussi à la Michel Blanc, prêt à conclure surtout avec les femmes choquées par l’agression : »Je vais dans sa chambre, je la réveille…et je passe en mode protection rapprochée, si tu vois ce que je veux dire ! » Harvey est un petit roquet arrogant qui devrait se poser des questions sur son insuccès auprès de la gent féminine !
Je vous laisse la surprise de la fin qui relève un peu le niveau de tout cela, bien que là aussi les auteurs tombent dans l’exagération des effets. (Regardez la dernière page, vous comprendrez à quoi je fais allusion). J’aurais aimé encourager ces deux jeunes auteurs qui vraisemblablement en ont bavé pour se faire éditer. Ils ont un ton, un dessin, des couleurs dignes d’intérêt mais truffer un titre de références, souvent inutiles comme les mugs ornés des icônes que sont Spiderman et Bart Simpson, les éloigne de leur propre originalité. Attendons le prochain album pour voir si Harley et Davidson arrivent à prendre leur envol !
24.11.06 17:53
 




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